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Non aux porcheries industrielles dans la Creuse, le Puy-de-Dôme ou ailleurs !

Alerte, les projets de porcheries industrielles se multiplient sur le territoire

VERNEIGES, TERCILLAT, NOUHANT, JOUILLAT … en CREUSE
SERVANT, LAPEYROUSE, GIAT, DURMIGNAT …en PUY-DE-DÔME

À QUAND VOTRE COMMUNE ?

Vous trouverez ci-dessous : 2 tracts en pdf, 2 lettres à la Préfète

Paysage aux environs de Chamborand (crédit photo: Wikipedia)

NON AUX PORCHERIES INDUSTRIELLES
– ni dans la Creuse, ni ailleurs !

Un combat juste contre l’agro-business, des porcheries sans paysan∙nes, un élevage dépendant de la seule logique économique. La Creuse et le Puy-de-Dôme ne seront pas une nouvelle Bretagne.

Une porcherie industrielle, c’est :

  • Des animaux maltraités dès leur naissance
  • Des odeurs pestilentielles
  • Des tonnes de gaz ammoniac émises dans l’atmosphère
  • Des bactéries antibio-résistantes qui contaminent l’air et les sols
  • Des virus transmissibles à l’Homme
  • Une pollution des eaux par les nitrates et autres résidus nocifs de la production intensive
  • Une consommation d’eau potable non prioritaire en période de sécheresse
  • Une déforestation massive en Amérique du Sud via l’importation d’aliments
  • Des recettes touristiques et des valeurs immobilières en baisse

Tout est fait pour désinformer les consommateurs sur la réalité des pratiques, la détresse des animaux, l’impact environnemental, la destruction d’un tissu social, les coûts externalisés. Les premiers responsables: autorités, Etat, lobbys de l’agro-industrie.

Si on n’ouvre pas la bouche maintenant, il faudra se boucher le nez plus tard ! 

Tract « Non aux porcheries… » en jpg

Tract: « Des fermes pas des usines » en jpg


Projet de porcherie industrielle à Giat (63) – Lettre à la Préfète / au Préfet

Mail : pref-consultations-public@creuse.gouv.fr , pref-procedure-enregistrement@puy-de-dome.gouv.fr

Objet : Consultation du public en vue de l’enregistrement d’une Installation Classée pour la Protection de l’Environnement située sur la commune de Giat (63) – GAEC DES AROMES 

Madame la Préfète, Monsieur le Préfet,

Je souhaite manifester mon opposition au projet d’élevage de 1000 porcs à Giat, pour des raisons éthiques et environnementales.

Il semble que désormais les instances gouvernementales ne reculent devant aucune contradiction. Alors même que la nécessaire « transition écologique » fait l’objet de grands discours, sur le terrain, les Régions sont prêtes à accorder de généreuses subventions à des projets d’élevage industriel néfastes à la planète, tels que celui du GAEC des Arômes.

Élevage industriel ou ferme-usine, assurément, de par la densité élevée d’animaux logés dans un bâtiment fermé, aménagé sur caillebotis, au mépris du bien-être animal. Élevage intensif « hors-sol », effectivement, car l’installation en projet, marquée par une faible surface de culture dédiée à l’alimentation des animaux, oblige d’acheter la plus grande partie de l’alimentation hors de l’exploitation, et d’épandre les effluents d’élevage, sous forme de lisier, sur des parcelles prêtées par des exploitations voisines, à plusieurs kilomètres de distance.

Les conséquences d’un tel projet d’élevage sont nombreuses, potentiellement. Sur l’environnement tout d’abord, car l’exploitation projetée concentre les pollutions sur un territoire donné avec forcément des conséquences sur la qualité de l’eau et la biodiversité. Sur la société ensuite, car ce projet soulève des questions d’équité, en matière de partage de la ressource en eau, ce bien commun et précieux, et de participation à la maintenance de la voie publique. Sans omettre la dimension éthique et morale, en lien avec la maltraitance des animaux d’élevage. Seuls les points les plus préoccupants font l’objet d’un développement dans la suite.

  • « Mal-être » animal

Pour aborder la question du respect du bien-être animal, 1000 porcs seront enfermés dans un bâtiment en béton de 964 m², sans aucun accès à l’extérieur, si ce projet voit le jour. Chaque animal disposera donc de moins de 1 m². Avec des cycles d’engraissement de 117 jours en moyenne avant le départ à l’abattoir (IFIP, 2013), ce sont plusieurs milliers de porcs qui seront donc exploités chaque année – 2450 selon le dossier d’enregistrement (p. 49). Les animaux seront élevés sur caillebotis intégral, une technique particulièrement mauvaise selon Dr Anne Vonesch et Sébastien Rigal, du collectif « Plein air » (Vonesch & Rigal, 2015). A l’origine de détresse, un tel sol est inconfortable à l’appui, favorise les lésions et les boiteries, n’assure aucun confort (ni physique ni thermique) au repos, et expose les animaux aux émissions d’ammoniac des déjections stockées dans les fosses situées au-dessous (dans le projet, aucun stockage des déjections n’est prévu dans des fosses situées à l’extérieur). Sur le plan comportemental, les besoins fondamentaux des animaux, comme l’exploration, la recherche de nourriture, la pratique d’activités variées, ne seront en aucune façon respectés. Stress et frustrations créeront une souffrance mentale, cause de violentes agressions des animaux les uns envers les autres.

Selon Dr Anne Vonesch et coll., ce type d’élevage industriel favorise les maladies des animaux, par : la densité et le nombre d’animaux, contribuant aux interactions, à la multiplication, aux mutations et à la virulence des agents infectieux ; la fragilité immunitaire due au stress chronique ; l’hyper-productivité, sollicitant trop les divers organes ; la mauvaise qualité de l’air, causant des affections respiratoires ; l’alimentation en concentrés industriels qui, n’étant pas physiologique, cause des affections digestives ; le manque d’activité physique ; le manque de stimulations (lumière, climat, etc.). Les maladies qui se développent dans l’élevage engendrent une surconsommation de médicaments : antibiotiques, antiparasitaires, mais aussi de plus en plus de probiotiques, divers additifs, etc., et beaucoup de vaccins et désinfectants servant à pérenniser le système industriel (Vonesch & coll., 2010). Remarquons que dans un passé récent, 33% des antibiotiques vendus en élevage ont été destinés aux porcs, avec 50 mg par kg de poids vif (ANSES, 2020). Ce qui signifie, pour un porc charcutier d’un poids moyen à l’abattage de 119 kg (IFIP, 2013), une consommation de 6 g d’antibiotiques pendant sa courte vie, de l’atelier de naissage à l’atelier d’engraissement. Aucun bilan de l’utilisation de ces médicaments n’est présenté dans le dossier soumis à la consultation du public, ces médicaments se retrouvant pourtant, sous forme de résidus, dans la viande consommée et les effluents d’élevage, avec à la clé le risque de développement de résistance microbienne ou d’antibiorésistances, en matière de santé humaine.

  • Impacts sur le réseau routier

En ce qui concerne la valorisation agronomique des effluents d’élevage, la totalité des 1080 m³ de lisier produits par l’élevage en projet est destinée à des tiers préteurs de terres, situées sur les communes de Giat, Verneugheol dans le Puy-de-Dôme, et Basville, Flayat dans la Creuse. Le lisier sera transporté du siège d’exploitation jusqu’aux îlots du plan d’épandage au moyen d’une tonne de grande capacité (16 m³), équipée d’une rampe d’épandage à pendillards (illustration p. 32). Les spécifications du matériel n’étant pas fournies, on fera l’hypothèse, à partir des données d’un essai de matériel comparable (Normandie CUMA, 2016), que le poids à vide de l’ensemble tracteur/tonne à lisier est d’environ 21 tonnes (T). Vu l’éloignement des îlots appartenant aux tiers préteurs (la distance à vol d’oiseau du siège d’exploitation à l’îlot le plus éloigné, sur Verneugheol, est de 8 km), ce matériel sera amené à parcourir des distances considérables. Comment les ouvrages des voiries communales pourront-ils supporter le passage répété de l’ensemble composé du tracteur et de la tonne à lisier (remplie à seulement 90% de capacité), d’un poids total en charge proche de 35 T (Normandie CUMA, 2016), l’étude est muette sur ce point. Des détériorations du revêtement (« nids de poule »), voire des déformations de la chaussée, sont à craindre…

S’agissant de l’évaluation de l’usure de la chaussée, le rapport de l’usure provoquée par ce poids lourd (PL) à l’usure provoquée par un véhicule léger (VL) peut se calculer. Selon une méthode de référence (AASHO), l’usure de la chaussée varie comme « la puissance quatrième du rapport des masses appliquées sur les essieux ». Autrement dit, si l’on prend ce PL de 35 T – roulant sur 4 essieux – et un VL de 1,2 T – sur deux essieux : (8750/600) à la puissance 4. Soit un total de 45000, qui signifie que, au niveau d’un essieu pris individuellement, la structure de la chaussée s’usera jusqu’à 45000 fois plus vite avec ce PL qu’avec une voiture. L’utilisation de pneus « basse pression » ne change rien à ce résultat. Autant dire que ce train routier risque de littéralement « sillonner » la campagne. Qui prendra en charge les surcoûts dus à la dégradation des voies carrossables ? Par parenthèse, l’utilisation de machines aussi lourdes pose des problèmes de tassement / compactage des sols, avec des baisses de rendement de récolte à la clé (Guil, 2018).

Du point de vue logistique, les limitations de tonnage sur certaines parties du réseau routier questionnent la faisabilité du plan d’épandage, faisabilité pourtant décisive pour l’acceptation du projet. La majorité des îlots du plan d’épandage n’est accessible que par des « petites » routes, voire par des chemins ruraux, sur lesquelles la circulation du PL de 35 T est susceptible d’être interdite par des arrêtés municipaux portant conservation de la voie publique. En l’absence d’une étude logistique qui attesterait de la faisabilité du plan d’épandage, en termes de transport du lisier sur le réseau routier à partir du siège d’exploitation, il est impossible d’affirmer la compatibilité du projet avec le SDAGE (p. 40).

Au reste, s’agissant de la commodité du voisinage, quel impact aura la circulation d’un tel mastodonte ? Sur les routes étroites autour de l’exploitation, dont certaines font à peine 2 m de large (D98, D108, vicinaux de Jeandaleix, vicinaux vers le hameau de Dimoux,….), il faudra s’attendre à des croisements problématiques, plus souvent qu’à l’accoutumée.

  • Usage non prioritaire des ressources en eau

En ce qui concerne la gestion des ressources hydriques, la consommation d’eau à partir du réseau de distribution d’eau public est estimée à 2250 m³ par an après réalisation du projet. Le président du syndicat des eaux, le SIAEP du Sioulet, certifie pouvoir subvenir aux besoins en eau de l’élevage du GAEC des Arômes. Mais pour combien de temps ? La ressource en eau est limitée, particulièrement dans le Puy-de-Dôme, où l’on y observe une baisse des réserves depuis quelques années, suite au changement climatique et à différentes erreurs d’aménagement du territoire (imperméabilisation des sols, suppression des haies, etc.), avec des perspectives d’évolution très alarmantes pour l’avenir proche (Météo-France, 2013 ; Grillakis, 2019). Face à des sécheresses qui s’annoncent de plus en plus récurrentes, il est impératif de répartir la ressource en eau de manière juste et transparente. Au regard de l’article L211-1 du code de l’environnement modifié par la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques de 2006, qui prévoit un usage prioritaire de l’eau pour la population et pour la préservation de la biodiversité, il est insoutenable d’autoriser l’élevage de 1000 porcs du GAEC des Arômes à prélever jusqu’à 14 litres/animal/jour (ITP, 2001) dans le réseau de distribution d’eau public, lors d’évènements caniculaires, et en même temps de soumettre les citoyens desservis par le SIAEP à des mesures de suspension des usages de l’eau (interdiction d’arrosage des jardins et potagers, etc.), pour cause de sécheresse. Tout le monde devant faire un effort, conformément à l’objectif d’intérêt général de la loi, il est scandaleux d’exonérer les activités agro-industrielles, dont les productions partent de surcroît à l’exportation.

  • Impacts sur les milieux naturels 
  • Charge en phosphore

Une bonne maîtrise de l’impact du projet nécessite que les apports de phosphore sur le périmètre d’épandage par les épandages de lisier n’excèdent pas les exportations de phosphore réalisées par les cultures. Le solde annuel du bilan phosphoré semble légèrement excédentaire (+3 kg P2O5 par hectare de surface épandable, p. 40 du dossier). Toutefois la prédiction du bilan de fertilisation par une méthode simplifiée, utilisant des valeurs de référence pour les exportations de P2O5, comme dans cette étude, peut ne pas être fiable puisque dans les faits, les exportations de P2O5 par les récoltes sont fortement influencées par la variabilité des conditions climatiques (Castillon, 2005). Pour accroître le doute, les valeurs de référence utilisées pour les prairies pâturées sont globalement identiques chez les tiers prêteurs de terres alors que les sols ne sont pas forcément les mêmes.

Par ailleurs, s’agissant de la répartition du lisier entre les tiers prêteurs de terres et le calcul de l’apport de P2O5 sous forme d’engrais organique (p. 56), l’usage d’une valeur moyenne de composition du lisier ne fournit qu’un ordre de grandeur. La valeur moyenne en question – 3,2 g P2O5/ kg produit brut (Levasseur et coll., 2019) – peut s’avérer insuffisamment précise pour prendre en compte l’ensemble des facteurs de variation de composition comme la quantité d’eau consommée à l’abreuvoir, la dilution par les eaux de lavage, l’inhomogénéité liée à la sédimentation pendant la phase de stockage etc. Dans la pratique, la teneur en P2O5 d’un lisier peut varier largement, dans un rapport de 1 à 5 selon Aporthe [4], 2020.

A souligner, le fait que les « surfaces toujours en herbe » constituent une part très importante de la surface potentiellement épandable, les prairies représentant 90% de la SAU totale (*). Ces surfaces présentent un risque majoré de transfert de phosphore vers les cours d’eau. L’occurrence d’un épisode très pluvieux après un apport d’engrais phosphaté organique (fumier, lisier) peut induire des pertes importantes de phosphore aussi bien par ruissellement que par drainage, et engendrer des concentrations instantanées de phosphore très élevées, lorsque l’enfouissement de l’engrais dans le sol n’est pas permis par le système de culture, comme dans le cas du système herbager (Castillon, 2005).

Au reste, on remarque l’absence d’analyses de sol pour la totalité du périmètre d’épandage. Celles-ci auraient permis de prendre en compte la richesse des sols en phosphore pour apprécier d’une part, l’aptitude des cultures à recycler le phosphore des effluents d’élevage du projet (Dubus, 1997), et d’autre part la capacité des sols à retenir le phosphore. Cette capacité est fonction de la quantité de phosphore déjà adsorbée, l’accumulation dans le sol (et en surface) du phosphore augmentant le risque de perte (Pinay et coll., 2017).

Vu la non-obligation pour l’exploitant de procéder à des analyses de laboratoire pour déterminer la teneur en phosphore et les quantités de lisier à épandre, vu le dimensionnement « limite », ou étriqué, du plan d’épandage, le risque de surfertilisation par le phosphore apparaît sous-estimé dans le dossier, avec à la clé un risque d’eutrophisation des masses d’eau, le phosphore étant considéré comme le facteur de régulation des phénomènes d’eutrophisation dans les eaux douces (Aporthe [5], 2020 ; Pinay et coll., 2017).

(* A signaler dans le dossier, des valeurs discordantes concernant la SAU du GAEC des Arômes : p. 50, on trouve d’une part, « Cultures Surface (en ha) » 10+25+20+15 = 70, d’autre part « Total SAU » 77,80 ha. La différence de 7,80 ha est inexpliquée. Plus bas, p. 56, on trouve 72,7 ha pour la « SAU mise à disposition ». Le type de culture réceptrice n’est pas défini pour 2,7 ha.)

Selon l’étude précitée, les pertes totales cumulées sous forme de N-NH3, en prenant en compte les trois étapes de l’itinéraire de gestion des déjections, Bâtiment + Stockage + Epandage, avoisinent 70% de l’azote excrété, pour un itinéraire témoin avec, il est vrai, un potentiel très élevé de volatilisation dans la partie épandage. Une simulation pour le GAEC des Arômes, à partir de ces résultats, donne une émission totale de N-NH3 de l’ordre de 3600 kg N/an, dans le scénario optimiste d’une réduction de 40% des émissions de NH3 lors de l’épandage, par l’utilisation d’une rampe à pendillards (p. 32). Pour donner un point de comparaison, la fertilisation d’une prairie pâturée à très haut rendement est de 100 kg N/ha (Aporthe [3], 2020).

  • Charge en azote

Etant donné que la plus grande part de l‘azote ammoniacal émis se redépose dans un rayon de quelques kilomètres autour de la source d‘émission (Hassouna et coll., 2015), ces émissions gazeuses auront un impact non négligeable, considérant la sensibilité des milieux naturels environnants. A proximité de l’exploitation, se trouvent un site Natura 2000 « Lacs et rivières à loutre » et trois ZNIEFF (de type 1 : Etang du Lion, Etang de Luzeau de la Sagne et de la Moulade, de type 2 : Etang et zones tourbeuses de la région de Flayat, cf. section ci-dessous). Pour mémoire, la re-déposition de l‘ammoniac volatilisé, principalement sous forme particulaire, participe à l‘acidification et à l‘eutrophisation des milieux. Les retombées dans les milieux aquatiques augmentent la quantité d‘azote présente et peuvent aboutir à un excès de nutriments et une diminution de la quantité d‘oxygène disponible. Dans les milieux forestiers, l‘excès d‘azote limite la mycorhization des arbres, contribue à l‘acidification de sols déjà pauvres et peut fragiliser les arbres sur le long terme (Hassouna et coll., 2015). Incidemment, en matière de santé publique, le gaz ammoniac a un impact indirect en tant que précurseur de particules fines. Une contribution importante du nitrate d‘ammonium aux pics de particules fines est souvent observée au début du printemps, lors de périodes d‘épandage d‘effluents d‘élevage et de fertilisants (Jedraszak, 2015).

Il est à souligner que l’utilisation de lisier comme fertilisant peut avoir un effet acidifiant sur le statut acido-basique du sol. Cet effet acidifiant est d’autant plus prononcé que la teneur en azote ammoniacal est élevée (Julien, 2007). Dans le dossier, l’impact des apports croissants de lisier sur les parcelles d’épandage n’a pas été évalué, alors que les sols du secteur peuvent être qualifiés d’acide avec un niveau de pH limite favorable en termes de potentiel agronomique. Les apports correctifs d’amendement calciques ne sont jamais mentionnés, de même que la problématique plus générale de l’acidification des sols.

  • Enjeux liés à la biodiversité

S’agissant du plan d’épandage, deux îlots, situé sur la commune de Flayat, se trouvent inclus dans la Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type 2 « Etang et zones tourbeuses de la région de Flayat ». De plus, un groupe d’îlots situé sur la commune de Basville se trouve à proximité de la ZNIEFF de type 1 « Etang de Luzeau de la Sagne et de la Moulade », la plus courte distante entre la ZNIEFF et un îlot du groupe étant de 200 m.

De mauvaises pratiques de gestion des effluents d’élevage sont susceptibles de perturber ces écosystèmes aquatiques. Les transferts d’azote et de phosphore, par l’intermédiaire du ruissellement, de l’érosion et du lessivage des sols, engendrent des phénomènes d’eutrophisation (Pinay et coll., 2017), tandis que les micro-organismes pathogènes et les résidus de médicaments d’origine vétérinaire excrétés par les animaux et transférés vers les eaux ont des impacts écotoxicologiques et sanitaires (Soulier et coll., 2015 ; Darné P., 2015 ; Mavit, 2006).

Etant donné la proximité ou le contact entre certains îlots du plan d’épandage et les ZNIEFF précitées, on peut légitimement craindre pour la préservation du bon état des « masses d’eau », et partant, pour la conservation du patrimoine naturel remarquable de ces ZNIEFF (faune : Loutre, Héron pourpré, Busard des roseaux, Fuligule milouin et une espèce de libellule rare en Limousin, l’Agrion hasté ; flore : mégaphorbiaies formées par la Doronic d’Autriche, espèce rare et caractéristique ; voir fiche ZNIEFF p. 104 du dossier).

  • Conclusions

Considérant l’incompatibilité de ce projet avec les enjeux du territoire en matière de conservation du patrimoine naturel, de la voie publique, de priorisation des usages de l’eau, de protection de la qualité de l’eau, je m’oppose à ce projet, Madame la Préfète, Monsieur le Préfet, et sollicite qu’il soit abandonné au profit d’une agriculture respectueuse des hommes, des animaux et de la nature.


Projet de porcherie industrielle à Jouillat (23) – Lettre à la Préfète

Mail : pref-consultations-public@creuse.gouv.fr

Objet : Consultation publique élevage porcin à Jouillat – Demande d’enregistrement déposée par M. DAUGER

Madame la Préfète,

Je souhaite manifester mon opposition au projet d’élevage industriel de quasiment 2 000 porcs sur la commune de Jouillat, en raison des nuisances olfactives, et des risques environnementaux et sanitaires que subiront les populations autochtones et touristiques.

S’agissant des nuisances olfactives, tout d’abord une question de méthodologie. Rien ne prouve que la rose des vents de Saint-Gervais d’Auvergne utilisée par le bureau d’étude soit applicable à Jouillat. Saint-Gervais d’Auvergne se trouvant à proximité de la Chaîne des Puys, il est probable que le régime des vents y diffère de celui de Jouillat, en raison de la présence d’une barrière montagneuse. Vu la validité douteuse des données concernant le régime des vents, l’évaluation de l’impact olfactif est à revoir.

Par ailleurs, d’après des témoignages, l’installation actuelle du GAEC Le Breuil fait déjà subir un air empuanti au hameau situé à proximité (lieudit le Breuil), en conditions estivales de forte chaleur et vent nul. Il est donc à craindre que les riverains subissent des nuisances olfactives insupportables lors des pics de chaleur, si jamais le projet devait se réaliser. Un quasi-quadruplement de l’effectif de la porcherie est en effet prévu (actuellement : 497 animaux-équivalents, après projet : 1898 animaux-équivalents). Or, nul ne l’ignore, les épisodes caniculaires vont augmenter en fréquence et en intensité, en raison du changement climatique, et par conséquent, les nuisances olfactives s’aggraveront au cours du temps, avec fatalement des effets pour la population locale, autochtone ou touristique.

Du point de vue agricole, les surfaces en herbe représentent environ la moitié de la SAU (169 ha sur 332 ha, soit 51%, cf. p. 59). Une part significative des 3 018 m3 de lisier produits annuellement sera donc épandue sur ces surfaces. En cas d’apports au printemps, le lisier épandu ne pourra être enfoui par labour. En guise de senteurs printanières, les riverains des parcelles concernées humeront des effluves nauséabonds qui persisteront pendant plusieurs jours. Devront-ils se calfeutrer chez eux ? Les nuisances olfactives en relation avec l’épandage de lisier sur les surfaces toujours en herbe sont minimisées dans le dossier.

S’agissant de la prévention de la pollution des eaux, selon les indications fournies p. 56 du dossier, le projet rejetterait 6 330 kg d’ammoniac (NH3) sans traitement, dans l’air, chaque année (les « émanations gazeuses », dixit le dossier, recouvrant essentiellement des émissions de NH3). La majeure partie de ce flux de NH3 se redépose sur les terres situées à proximité de l’installation et sur les bassins versants de la Grande et Petite Creuse et contribue donc aux apports d’azote sur ce territoire. Le dossier ne tient pas compte de ces retombées de NH3 dans le bilan de fertilisation (les autres apports d’azote atmosphérique étant également négligés). Pour préciser l’importance de ces émissions de NH3 : étant donné que 1 kg NH3 équivaut à environ 0,82 unité fertilisante d’azote (kg N), 6 330 kg NH3 correspondent à la fertilisation de 34 ha de prairie fauchée puis deux fois pâturée (besoin cultural de 155 kg N/ha, source : Ch. Agri. Creuse). C’est une erreur « démoniaque » que de les sortir du bilan.

Quant au plan d’épandage, il soulève des interrogations. Comment passer d’un plan papier à la réalité de terrain ? Le document d’enregistrement fait état de surfaces épandables, zonées en fonction de la distance vis-à-vis des tiers (codes couleur : orange, jaune, vert), et de surfaces non-épandables (code couleur : rouge). Ce qui se traduit sur les cartes pp. 63-64 par des parcelles bariolées, avec des formes géométriques parfois fantastiquement compliquées pour les différentes zones au sein d’une même parcelle (exemples : parcelle # 6, qui arbore 4 couleurs et des formes évoquant des « crop circles », et parcelle # 1, qui arbore 3 couleurs et des formes « cubistes »). Dans le paysage complexe de Jouillat et alentours, comment appliquer la fertilisation telle qu’elle est décrite dans le document ? A quel moment le tracteur doit-il faire machine arrière pour ne pas épandre sur une zone en rouge ou en jaune ? Qui vérifiera la bonne application du plan d’épandage sur le terrain ? Autre source de questionnement, l’éloignement de certaines parcelles d’épandage (distance entre le siège de l’exploitation et les terres d’épandage). En l’espèce, la parcelle # 28 située à Roches, et la parcelle # 42 située à Genouillac, sont toutes les deux éloignées de 5 km à vol d’oiseau du siège de l’exploitation. Quid du cheminement difficile du tracteur, remorquant une imposante tonne à lisier d’une capacité de 16 m3 (p. 41) équipée d’un système d’épandage à pendillards (illustration p.39), sur les étroites routes de campagne ? Avec 189 rotations par an (p. 41), l’impact de ce trafic agricole sur la commodité du voisinage n’est pas suffisamment traité dans le dossier. Un éloignement de 5-6 km, jugé « limite », porte atteinte à la crédibilité du dispositif de gestion des déjections animales. On peut en effet s’interroger sur la réalisation effective de l’épandage sur les terres mentionnées.

En ce qui concerne la distribution d’eau potable par le réseau, la consommationpour ce projet de porcherie est estimée à 4900 m3 par an, soit un quasi-quadruplement par rapport à la situation actuelle. Pour Jouillat, cela engendrera une augmentation de consommation d’eau potable non négligeable dans un contexte de sécheresse récurrente. A l’instar de nombreuses communes de la Creuse, Jouillat a fait, pour cause de sécheresse estivale, l’objet de mesures de restrictions des usages de l’eau par arrêté préfectoral au cours des années passées. En période de sécheresse, la population devra-t-elle renoncer à arroser les jardins et les potagers, et éventuellement sera-t-elle condamnée à consommer de l’eau en bouteille, tandis que la consommation d’eau potable de la porcherie industrielle pourra s’élever, par dérogation, à quelques 10 litre et plus par animal et par jour, lors des pics de chaleurs ?

En matière de santé publique, l’élevage industriel soulève le risque de zoonose. Le virus de la grippe porcine, nommé G4 et apparu en Chine, préoccupe les autorités sanitaires. Selon une étude, ce virus présente « toutes les caractéristiques essentielles d’un virus pandémique ». Pour l’heure, ce virus est très infectieux sans être dangereux. En Chine, les travailleurs des abattoirs sont régulièrement touchés par cette grippe porcine. Bien que le virus G4 ne soit pas capable d’infection interhumaine (contamination entre humains), à force d’être exposé à l’être humain, il pourrait s’adapter, muter et acquérir la capacité d’infection interhumaine. Autre cas de figure, les élevages industriels jouant le rôle d’intermédiaires dans la transmission des agents pathogènes entre la faune sauvage et l’Homme. Le virus de la pandémie de grippe H1N1, apparu au Mexique dans une porcherie industrielle, résulte d’une recombinaison des virus de grippe humaine, d’oiseaux et de porcs. Ce qui pointe le porc comme un dangereux réservoir viral.

« Pendant la guerre, on parlait de chair à canon. Aujourd’hui, nous sommes devenus de la chair à pathogènes », dixit un spécialiste du CNRS. Considérant l’envergure du projet (effectif prévu à peine inférieur au seuil de 2000 animaux-équivalents) et la proximité des habitations de tiers (la plus proche à 156 m), je trouve scandaleux que la procédure d’enregistrement actuelle ne tienne pas compte des risques sanitaires évoqués plus haut. A minima, ce projet doit basculer vers la procédure d’autorisation, laquelle associera une enquête publique et une étude d’impact en bonne et due forme, intégrant les facteurs de risques sanitaires et notamment zoonotiques.

Pour toutes ces raisons, je m’oppose à ce projet, Madame la Préfète, et sollicite qu’il soit abandonné au profit d’une agriculture respectueuse des hommes, des animaux et de la nature.

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